
Dans le cadre de l’inventaire du Patrimoine Naturel du Poitou-Charentes et dans la logique du Plan d’Action National en faveur des plantes messicoles, l’association Poitou-Charentes Nature avec ses 4 relais départementaux ( Charente, Charente-Maritime, Vienne, Deux-Sèvres) coordonne et réalise une action d’inventaire et de préservation des fleurs des champs. L’étude est financée par l’Union Européenne et le Conseil Régional.
VOUS AVEZ DIT : MESSICOLES ?
Les messicoles : "mauvaises herbes", adventices des cultures, fleurs des champs,…habitent principalement les moissons, c-à-d les champs cultivés, moissonnés et labourés mais aussi par extension les jachères, les bords des routes…
Les messicoles vivent depuis l’aube des Temps avec l’Homme, à tel point qu’elles sont profondément ancrées dans l’esprit populaire : utilisation alimentaire et médicinale tout au long de la Préhistoire et de l’Histoire…et même symboles du drapeau français (bleuet, marguerite, coquelicot sont les fleurs de la Nation).
Nos plantes compagnes ont fait et font toujours partie du patrimoine culturel et rural.
Elles sont aussi depuis le début de l’Agriculture une préoccupation permanente pour le cultivateur car en concurrence avec les cultures. Les pratiques agricoles depuis le néolithique ont donc visé à les limiter et, depuis l’ère de l’agriculture intensive, à les éradiquer grâce à la sélection des semences et à l’utilisation massive des produits phytosanitaires ; avec succès pour les plus fragiles et en sélectionnant les souches résistantes pour les autres.
Aujourd’hui
le bleuet, comme 26 espèces, fait partie de la liste rouge régionale des espèces en voie de disparition.
19 espèces, tel le pied-d’alouette ou le caucalis, ne poussent déjà plus en Charente-Maritime.
d’autres prolifèrent : folle-avoine, jouet-du-vent, …
Les "mauvaises herbes" sont menacées de disparition au risque pour l’Humanité de voir s’éroder toujours plus la BIODIVERSITE. Les plantes compagnes des cultures ont un fort intérêt écologique : formant un capital de gènes unique, elles abritent de nombreuses autres espèces. Une étude a recensé pas moins de 173 espèces d’arthropodes (insectes, araignées…) dépendants de 38 espèces de messicoles.
Solutions
Face à cette régression préoccupante, certaines régions ont d’ores et déjà mis en place des actions de préservation de nos plantes compagnes :
contrats de gestion avec les agriculteurs ; notion de seuil de nuisibilité : favoriser les messicoles sans impact sur le rendement des cultures.
achat de terrains par des Conservatoires Régionaux des Espaces Naturels.
création de parcelles conservatoires et pédagogiques.
fleurissement de friches avec des messicoles indigènes.
conservation de semences par les Conservatoires Botaniques Nationaux.
EN POITOU-CHARENTES
Poitou-Charentes Nature a lancé une campagne de sensibilisation auprès des agriculteurs et des viticulteurs, premiers témoins de ce déclin de la floraison sauvage mais aussi auprès du grand public.
Compter, éduquer, former
La première étape de cette action, c’est l’inventaire. Combien reste-il vraiment d’espèces et où ?
L’inventaire est réalisé sur l’ensemble du territoire régional avec le recueil de données ponctuelles fournies par les personnes désireuses de s’associer au projet. Des prospections systématiques sont organisées par les animateurs départementaux sur certains secteurs identifiés : les quadrats. Une liste des plantes à rechercher a été établie par des botanistes chevronnés de la région. Le coquelicot et la marguerite, communs et bien implantés, ne font pas partie de cette liste. Par contre, le bleuet, la jolie centaurée sauvage qui se fait de plus en plus rare est à rechercher en priorité. En effet, les tâches bleues dans le paysage dues à la floraison printanière de ces belles des champs ,sont facilement repérables et il y a alors fort à parier que d’autres messicoles moins connues et identifiables mais tout aussi menacées, soient également présentes sur le même site.
Vous trouverez plus loin la cartographie des zones de prospection en Charente -Maritime et la liste des plantes à rechercher. Une plaquette d’information a été conçue et diffusée auprès des partenaires. Elle expose l’opération menée par Poitou-Charentes Nature et présente quelques messicoles faciles à reconnaître.

Pour les années prochaines, les données regroupées et cartographiées serviront de base de travail à la phase suivante : la gestion conservatoire.
La deuxième étape, c’est la pédagogie.
Il s’agit :
d’inciter les agriculteurs et les collectivités à modifier durablement leurs pratiques quant au choix des semences et à l’utilisation raisonnée des pesticides et herbicides, en épargnant les bordures de champs et de routes et en réalisant des jachères fleuries.
d’alerter le public sur la disparition insidieuse du patrimoine naturel et de la BIODIVERSITE avec le danger que cela représente pour l’Humanité. C’est au travers de ses choix conscients quotidiens de consommation et de ses demandes relayées vers les politiciens que le CITOYEN décide de l’ AVENIR , du sien, de celui de ses enfants,de celui de sa planète et du bleuet solitaire !

La troisième étape, c’est la formation.
Des journées de formation ont été organisées à l’usage de naturalistes mais aussi de néophytes intéressés par l’inventaire et la démarche globale. Une rencontre récente a eu lieu le 13 MAI à Angoulême avec observation d’une parcelle en friche près de St Yriex
La création d’outils pédagogiques à destination des scolaires est envisagée. La réalisation de parcelles expérimentales en lien avec les lycées agricoles est en cours de contractualisation.

Si vous souhaitez participer à l’inventaire, soutenir l’action entreprise par Poitou-Charentes Nature, vous procurer la plaquette d’information, obtenir des renseignements ou encore signaler des sites à bleuets.
Photos et texte de P.LEQUEUX - Bénévole NE 17.
