ENVIRONNEMENT - Une interdiction de la pêche de la pibale est demandée pour cinq ans en France
Pierre Verdet
La pibale. Faudra-t-il sacrifier quelques années de pêche pour sauver l’espèce ?
Des mesures de protection vont-elles être enfin prises pour sauver l’anguille ? Après des années de braconnage et d’anarchie, de pillage de notre patrimoine halieutique pour alimenter en dernier lieu les piscicultures asiatiques à des tarifs astronomiques atteignant parfois les 1 000 euros au kilo en raison de la raréfaction des alevins, le constat est affligeant. Selon le dernier rapport communiqué par l’Europe, les populations d’anguilles ont chuté de 75 % par rapport aux années 80 et le seuil de sauvegarde de l’espèce n’est plus assuré. Si des décisions ne sont pas prises immédiatement, l’anguille européenne est condamnée, affirment les scientifiques.
Principe de précaution. Les pêcheurs raisonnables n’apprennent rien. Ils savaient tous que la situation était catastrophique mais que, depuis des années, pour les politiques, il était urgent d’attendre. Pourtant, la situation vient soudain d’évoluer. Au cours de sa dernière assemblée générale, l’Association française des établissements publics de bassins, présidée par le sénateur de Dordogne Bernard Cazeau, et dont le vice-président est le député de Charente-Maritime Xavier de Roux, vient de décider à l’unanimité de demander un moratoire européen de cinq ans sur la pêche de la pibale. La décision a son importance, puisque cette association est forte des vingt-quatre établissements régionaux. « Il s’agit d’appliquer en urgence le principe de précaution », explique Guy Pustelnik, le directeur d’Epidor. « Toutes les études convergent pour démontrer la chute des effectifs, alors il serait dommage d’attendre, comme pour l’esturgeon, que le point de non-retour soit atteint pour réagir. » « Certes, il faut également travailler sur la qualité de l’eau et les problèmes posés par les barrages, qui sont parfois des obstacles infranchissables lors de la remontée et dont les turbines se transforment en tronçonneuses lors de la dévalaison », poursuit Guy Pustelnik. « Mais arrêter la pêche pendant une certaine période constitue une mesure immédiate de sauvegarde. A l’inverse, en continuant de pêcher normalement, nous nous priverions de la dernière chance de sauver l’espèce. » Cette demande de moratoire ne manquera pas d’intéresser les membres du Conseil européen qui se réunissent aujourd’hui et demain à Luxembourg pour, justement, imaginer de nouvelles réglementations pour l’anguille. Parmi les pistes envisagées, une réduction, voire une interdiction de la pêche des pibales, à moins que celles-ci ne servent à des opérations de repeuplement sur des zones de l’amont, et une adaptation beaucoup plus efficace des centrales hydroélectriques aux besoins des poissons migrateurs.
L’exemple de l’esturgeon. « Un moratoire de cinq ans serait déjà une bonne mesure », affirme Michel Fontaine, le président de l’Association des pêcheurs traditionnels à pied d’Estran 17. « Il est temps d’agir avant que la situation ne soit irréversible. Il ne faut jamais oublier que nous ne savons pas encore faire se reproduire les anguilles en captivité. Mieux vaut donc sacrifier quelques années de pêche et envisager de sérieuses mesures de protection des milieux naturels et d’aménagement des barrages si nous voulons que nos enfants sachent encore ce qu’est une anguille. » Le sujet va encore déchaîner les passions dans notre région. Mais ne serait-il pas préférable de permettre aux seuls pêcheurs professionnels de poursuivre leur activité à des fins de réempoissonnement des étangs et autres zones humides favorables au développement de l’espèce, plutôt que de laisser anéantir une nouvelle espèce ? Comme si l’exemple de l’esturgeon sauvage dans l’estuaire de la Gironde n’avait pas suffi pour éclairer notre lanterne.