Les 19 et 20 mai est prévu à La Rochelle, le grand prix de France motonautique. Il s’agit d’une compétition entre 12 équipes internationales qui vont élancer leurs engins à plus de 200 km/h sur le plan d’eau du port de commerce de La Pallice.
Alors que la majorité des scientifiques et la plupart des politiques français s’accordent sur la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour éviter des catastrophes écologiques majeures, alors que presque tous les candidats à la présidence ont signé le pacte écologique, des collectivités publiques locales, notamment le Conseil général de Charente-Maritime, vont financer une compétition qui gaspille de l’énergie, pollue l’atmosphère et dégrade l’environnement.
Cette course qui va coûter la bagatelle de 650 000 € HT va être financée à hauteur de 350 000 € par le Conseil Général de Charente-Maritime, 150 000 € par la municipalité de La Rochelle et la CdA et 150 000 € par le Grand Pavois, lui-même assez largement subventionné par des fonds publics.
Cette utilisation des fonds publics pour une telle manifestation est scandaleuse. Reprenant les arguments souvent utilisés pour justifier les courses automobiles de Formule 1, qui permettraient soi-disant de faire avancer la recherche, le Conseil Général par la voix de son président affirme qu’il soutient ainsi la filière nautique.
La réalité est tout autre.
Des retombées nulles en termes d’améliorations techniques Tous les concurrents ont le même moteur, du constructeur américain Mercury, dernier constructeur à construire ce type de moteurs de course d’une puissance de 380 CV et à 2 temps, c’est-à-dire de technologie dépassée puisqu’en marine/nautisme il n’existe plus sur le marché que des 4 temps.
Il n’existe donc aucune retombée possible sur l’amélioration des moteurs qui équipent actuellement les bateaux de plaisance. Aucun autre constructeur ne trouve intérêt à construire ce type de moteurs pour ce genre de course et encore moins à financer des études de recherche. En fait, les concurrents se départagent surtout en fonction du choix de l’hélice. Ce choix est empirique : il s’effectue en fonction de la houle, de la densité de l’eau, de la forme du parcours, du vent... c’est un bidouillage de mécano. En fonction des essais, on change d’hélice ou on tord les pales ! L’équipe Dessertenne en possède ainsi une vingtaine.
Là encore aucune étude, aucune recherche n’est engagée qui pourrait conduire à une amélioration de la forme des hélices.
Une synergie avec les secteurs universitaires et industriels locaux dérisoire Contrairement à ce qui est énoncé, dans les rapports du conseil général, l’EIGSI ne participe en aucun cas : *- "à la mesure des performances du bateau", *- "à la mise au point du système de communication", *- "aux dispositifs de gestion du moteur".
En réalité :
l’équipe de M. Dessertenne et son engin sont hébergés gratuitement dans les locaux de l’école d’ingénieurs de La Rochelle (l’EIGSI)
il n’existe qu’un groupe d’élèves qui étudie dans le cadre "d’études industrielles", la modélisation du bateau pour envisager, dans le futur, d’effectuer des essais sur ce modèle réduit (essais qui nécessitent des infrastructures qui n’existent pas actuellement). Ces études ne sont en aucun cas des contrats de recherche mais de simples travaux d’étudiants.
Enfin les engins de M. Dessertenne, s’ils sont logés à l’EIGSI, ne sont pas construits à La Rochelle ! Ils ne profitent pas donc pas du savoir-faire local des industries nautiques.
Les subventions du conseil Général ne servent donc pas aux entreprises locales.
Pour justifier leur gabegie, les promoteurs de la course invoquent le fait que le carburant utilisé serait du "biocarburant". Il s’avère que ce carburant dit "bio", est fourni par les organisateurs des courses et que la composition n’est pas communiquée aux pilotes ! Personne n’est capable de donner la composition du carburant, et elle n’est pas notée sur les bidons... Prétendre que le carburant utilisé respecte l’environnement est de toute façon une absurdité.
La consommation de ces moteurs en régime stabilisé est de 120 l/h, donc pas loin du double en accélération, ce qui est toujours le cas en course.
En termes de carbone, chaque hors-bord va rejeter environ 3 tonnes de carbone lors de la course, 36 tonnes au total ! En quelques heures, ce que rejettent environ 50 voitures moyennes durant toute une année.
Si M. Belot avait une attitude environnementale responsable, il aurait demandé avant de proposer le moindre financement que soit effectué par l’ADEME*, organisme indépendant, un bilan carbone de la course. Nul doute que le résultat aurait été sans équivoque et qu’il n’y aurait eu aucun financement de cette course.
Mais M. Belot, en haut de son bunker qui s’assoit sur la loi Littoral, en a évidemment décidé autrement. À défaut de financement privé, les organisateurs ont su mener une bonne action de communication auprès des institutions locales, aucune autre institution française n’ayant voulu se lancer dans une telle aventure aussi polluante et consommatrice de pétrole. Le "Team Dessertenne" est la seule écurie française sponsorisée par les finances publiques (pour rappel : 774 000€ TTC payées par les collectivités) .
Pour conclure, cette manifestation n’a donc aucun intérêt général d’ordre scientifique ou économique et les entreprises ne peuvent en attendre de retombées financières ou technologiques... Qu’à cela ne tienne, une fois de plus la droite, toujours prête à donner des leçons de "saine gestion des deniers publics", va faire financer par l’ensemble des citoyens les lubies d’une poignée de personnes.
Une "saine gestion des deniers publics" ne peut tolérer le financement par les collectivités territoriales d’une telle compétition, manifestement inutile et nuisible. Ce grand prix de France nautique à La Rochelle est un vrai scandale, en complète contradiction avec l’image écologique de la ville.
Il serait scandaleux que les citoyens, en plus de se faire polluer, soient en plus obligés de payer pour se faire polluer !
Pour que cette manifestation soit annulée, nous appelons donc les citoyens et citoyennes à envoyer la lettre ci-jointe à :
M. Belot président du conseil général de la Charente Maritime,
M. Bono président de la communauté d’agglomérations et maire de La Rochelle,
ou à l’utiliser comme pétition en la faisant signer à votre entourage.
* Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie.