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Communiqué de Presse – La Seugne , emblème d’une surexploitation

La situation inquiétante de la Seugne est un sujet de préoccupation pour les associations environnementales. L’eau et la biodiversité sont des biens communs appartenant à tous et les lois les régissant devraient être appliquées avec fermeté et rigueur.

Au 30 novembre 2016, la Seugne en amont de Jonzac se trouve toujours asséchée ou en absence d’écoulement sur une dizaine de kilomètres. Ses principaux affluents, le Maine et le Trèfle sont aussi en souffrance. Les pluies tombées à l’automne n’ont que peu impacté les flux de surface tant les nappes ont été laminées par l’irrigation de cet été et cette année à nouveau il faudra peut-être attendre le mois de janvier pour un retour à la normale. Jusqu’aux années 80, sur la commune de Champagnac, un assec de fin d’été apparaissait sur quelques centaines de mètre et disparaissait promptement avec les premières pluies. En 2016 avec 9 millions de m3 autorisés cet été pour l’irrigation, celle-ci n’est toujours pas en rapport avec ce que le milieu peut offrir. D’année en année, les assèchements répétés se cumulant, ils épuisent toujours plus la biodiversité, contribuant à 30 % de sa disparition et à l’effondrement des populations des différentes strates de la faune ; avec ces assèchements  annuels la vie aquatique est anéantie sur des dizaines de kilomètres, ainsi que les biotopes des zones humides le long de ces cours d’eau. La Seugne n’est qu’un cas parmi d’autres en Charente-Maritime. Cet été 2016, 70 % des rivières du département ont été soit à sec, soit en rupture d’écoulement, ce qui représente 720 km sur 1800 km de rivières. Par ailleurs la trop faible dilution des pesticides et polluants aggrave l’atteinte au biotope aquatique. D’autre part la Seugne en amont de Jonzac ne dispose d’aucun dispositif de suivi du débit de la rivière et de sa nappe, lequel permettrait de piloter les décisions préfectorales de gestion de crise de façon spécifique à ce tronçon de rivière.

Le changement climatique va générer dans un futur proche une baisse estimée à 20% des pluies en été, une hausse des températures et de l’évapotranspiration. Le maintien du système actuel n’est pas tenable et les projets émergents ne le sont pas plus. France Nature Environnement dénonce le détournement de l’esprit des instructions ministérielles de 2015, instituant un équilibre entre des mesures agraires de moindre irrigation et la construction d’un réseau raisonnable de réserves d’eau, au profit d’un projet privilégiant la mise en place, financé à 70% par des fonds publics, d’un réseau gigantesque de réserves. Les irrigants, représentent  27 % des exploitants agricoles et 70% des surfaces irriguées sont emblavées en maïs hybride.

Le financement public de ces réservoirs sur le bassin de la Seugne dépasserait les 13 millions d’euros. Les mesures de moindre irrigation, bien qu’ayant été quantifiées en 2011 par une étude du Conseil Départemental, semblent de plus en plus marginalisées. Les projets de réservoirs semblent les seuls à prendre de l’ampleur ! Ainsi en 2014, le syndicat des irrigants du bassin de la Seugne évaluait le volume à construire à 2,6 millions de mètres cube  et nous en sommes maintenant à 3,2 millions de mètres cube, sans qu’aucune étude de faisabilité et d’impact n’ait encore été communiquée ou peut-être réalisée. Les hivers peuvent être secs, quelles seront les conséquences de prélèvements hivernaux sur les sources et ruisseaux à faible débit ? Une étude sur un bassin voisin a établi, qu’en année sèche, le montant prélevé représentait jusqu’à 25 % de la recharge de la nappe d’accompagnement de la rivière ! Dès lors le volume manquant actuellement en été sera alors pompé dès la période hivernale.

Les travaux de la communauté scientifique confirment qu’une autre voie est prometteuse, elle implique un fort recul du maïs hybride, le développement des protéagineux, des prairies, la pratique des assolements, de l’agroforesterie. Les prendre en compte devient une nécessité. Nous gardons l’espoir que la politique agricole et la PAC 2020 se tourneront vers un renouveau environnemental.

CONTACT : Jean Marie Bourry – Nature Environnement 17

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Crédits photos Nature Environnement 17