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Communiqué de Presse – Suite au Comité Quantitatif de l’Eau – du 8 juin 2017

Hier, jeudi 8 juin 2017, le Comité Quantitatif de l’Eau s’est réuni à la DDTM sous la présidence de M. le Secrétaire Général.

A l’ordre du jour, le bilan météo, la situation des nappes, des rivières et des milieux, du milieu marin et de l’alimentation en eau potable.

La situation exposée par les intervenants a été considérée comme critique sauf pour les milieux naturels, la majorité des points contrôlés relevés dans le cadre du réseau ONDE (Observatoire National des Etiages) sont avec des écoulements visibles. Pour l’AFB (l’Agence Française de Biodiversité), ex ONEMA, cette situation constatée le 26 mai pourrait très vite se dégrader. Actuellement plusieurs bassins sont touchés, la Seudre, la Seugne et la Boutonne.

Cette crainte est fondée puisque les niveaux dans les nappes qui bien souvent sont à l’origine des écoulements des sources et des rivières, est au plus bas.

– en Charente-Maritime la situation observée fin mai s’est aussi dégradée par rapport à celle observée fin avril :

En effet, on compte 22,2% de piézomètres proches à supérieurs à la moyenne (35,7% fin avril), dont 7,4% proche de la moyenne, et 77,8% en dessous de la moyenne (21 piézomètres), contre 64,3% fin avril.

Source : ORE NA

Certaines de ces nappes superficielles sont utilisées pour la production d’eau potable, c’est la cas pour la ville de La Rochelle, qui, utilise notamment l’eau de forages sur le bassin du Curé dans la nappe de l’Aunis impactée par des prélèvements agricoles (avec l’usine de Coulonges s/ Charente).

L’année 2017 est la deuxième année la plus sèche depuis 1959, la recharge des nappes superficielles ne s’est pas faite et après le mois de mars, sauf épisodes pluvieux exceptionnels, les pluies ne sont plus efficaces.

L’état des nappes profondes est aussi préoccupant, avec une recharge parfois nulle après des années déficitaires, la crainte est réelle sur un effet d’inertie qui se propagerait en 2018.

Cette situation a aussi des conséquences sur la qualité de l’eau.

Le débit du fleuve Charente est une source d’inquiétude car la production de l’eau potable pour une grande partie du département se fait directement à partir de l’eau de la Charente (dans l’usine Lucien Grand de St Hippolyte). Cette situation est d’autant plus inquiétante que les barrages de soutien d’étiage ne sont remplis qu’à 50 %, ce qui pourrait empêcher de soutenir le débit du fleuve dans les prochains mois. L’alimentation des marais nord de Rochefort se fait aussi à partir de la Charente, et là encore il y a des prélèvements pour l’irrigation qui risquent d’impacter une ressource utilisée pour l’alimentation en eau potable.

En fonction de la situation climatique et de l’affluence touristique, la gestion de la ressource pour la production d’eau potable pourrait être complexe.

Nous regrettons l’absence de mesures concrètes et de l’application du principe de précaution face à une possible aggravation de la situation. En effet, la gestion printanière de la ressource va se terminer au 15 juin et la gestion d’été va permettre de reprendre l’irrigation sur les bassins actuellement en mauvais état avec des seuils de gestion plus permissifs et un risque de vidange rapide des nappes, des linéaires de rivières asséchées, des marais sans eau et une destruction des milieux naturels, habitats et espèces comme la faune piscicole.

Sur certains bassins, des demandes de dérogations pour ne pas respecter les arrêtés préfectoraux ont été faites. Ces dérogations permettent aux irrigants de continuer à prélever de l’eau dans les nappes après le franchissement des seuils de coupure. Au regard des volumes à mobiliser qui ne nous ont pas été communiqués, les seuils de crise seront atteints avec  des assecs et une destruction de la biodiversité.

Au cours de cette réunion, nous avons aussi évoqués les lâchers d’eau sur le bassin du Curé et le non respect de l’arrêté préfectoral de manœuvre de vanne sur les ouvrages hydrauliques. La réponse est surprenante, puisqu’il s’agissait de circulation des sédiments, l’évacuation de la vase et « d’assainir » des parcelles. Faire partir l’eau à la mer pour éviter que l’eau ne soit présente sur une zone humide, alors que ces espaces naturels doivent servir de réservoir tampon permettant de conserver des niveaux d’eau pour la protection de la biodiversité, est contraire à une bonne gestion de ces zones humides. Cela participe à une mauvaise gestion de la ressource en eau et des espaces naturels pourtant protégés par la loi et indispensables au cycle de l’eau.

Les mares de tonnes ne seront pas remplies car la fédération départementale de chasse n’a aucune autorisation pour ce faire, si l’État devait laisser les chasseurs à la tonne prélever dans le milieu au cœur de l’été lorsque l’eau manque déjà, ce serait non seulement illégal mais inéquitable pour les autres usagers.

Il a été reproché aux associations de protection de la nature et plus précisément à Nature Environnement 17 de s’opposer à la construction de réserves de substitution qui serait la recette miracle pour l’irrigation.

Sans revenir sur le débat concernant l’utilisation de ces outils et ses conséquences, nous avons rappelé qu’en 2016 et 2017, des réserves n’ont pas pu être remplies et qu’il n’est pas certain que cela ne se reproduise pas. Nous demandons des conditions de remplissage qui n’impactent pas la ressource et qui ne mettent pas en danger les milieux naturels, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Il est illusoire de croire que le stockage de l’eau pour une petite partie des agriculteurs pour des cultures très gourmandes en eau va sauver l’agriculture. La viabilité des exploitations ne tient pas qu’au seul stockage de l’eau qui rajoute des aides publiques à celles déjà accordées dans le cadre de la politique agricole commune.

L’adaptation de l’agriculture à l’économie mondialisée et les actions contre la marchandisation du vivant passera obligatoirement par un changement profond des pratiques. Pratiques prônées par les ministères et souvent même par l’Europe. Malheureusement il ne s’agit actuellement que de projets et expérimentations locales sans réels effets. L’argent public doit être mobilisée en priorité pour des pratiques vertueuses en particulier sur la suppression des pesticides dangereux pour la santé humaine mais aussi pour la biodiversité.

Contact :

Nature Environnement 17 – 05 46 41 39 04

Source infographie Agro-écologie : http://agriculture.gouv.fr/infographie-les-fondamentaux-de-lagro-ecologie