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Busards en Pays d’Arvert

Protection du busard cendré

dimanche 8 août 2010, par Monique Hyvernaud

Pour les amoureux de nature, nul besoin de partir très loin pour vivre un safari riche en émotions, voici le récit d’une aventure que nous avons vécue ici, en Pays d’Arvert.

Depuis plusieurs années, le Busard cendré fait l’objet d’une campagne de protection à l’échelle nationale, campagne pilotée par la LPO. Convaincus par la coordonatrice au niveau du Pays Royannais Dominique Ceylo de la nécessité de participer à l’opération, nous voici réunis, Viviane L., Sébastien B. (le seul pro de l’équipe) et moi-même, et résolus à consacrer l’énergie et le temps nécessaires pour parvenir au but : découvrir les nids de Busards cendrés dans la Presqu’île et faire en sorte que la reproduction des oiseaux aille à son terme.

Busards en Pays d’Arvert

Pour les amoureux de nature, nul besoin de partir très loin pour vivre un safari riche en émotions, voici le récit d’une aventure que nous avons vécue ici, en Pays d’Arvert.

Depuis plusieurs années, le Busard cendré fait l’objet d’une campagne de protection à l’échelle nationale, campagne pilotée par la LPO. Convaincus par la coordonatrice au niveau du Pays Royannais Dominique Ceylo de la nécessité de participer à l’opération, nous voici réunis, Viviane L., Sébastien B. (le seul pro de l’équipe) et moi-même, et résolus à consacrer l’énergie et le temps nécessaires pour parvenir au but : découvrir les nids de Busards cendrés dans la Presqu’île et faire en sorte que la reproduction des oiseaux aille à son terme.

Vaste programme…

 La traque

Le busard cendré est un oiseau migrateur qui passe l’hiver en Afrique et nous revient au printemps, courant Avril. Du fait de la raréfaction des landes et des zones humides dans lesquelles il affectionnait de nicher, il est contraint de trouver un autre milieu, et le seul propice, ce sont les champs de céréales, bien verts et bien drus au moment où il revient chez nous. Malheureusement pour lui, les chances que sa nichée se soit envolée avant le passage de la moissonneuse sont infimes, rendues encore plus ténues avec le réchauffement climatique. D’où la nécessité d’intervenir pour essayer de maintenir les effectifs de ce splendide oiseau.

Et c’est là que les bénévoles sont mis à contribution un peu partout en France (et en Europe). But du jeu : découvrir très précisément l’endroit du nid et convaincre l’agriculteur de nous laisser poser une protection autour de ce nid.

Splendide oiseau, en effet, et facilement reconnaissable, au moins pour le mâle. Un petit mètre d’envergure, moins de 400 grammes, c’est un oiseau profilé pour le vol et pour la chasse des rongeurs qu’il poursuit en zigzaguant juste au-dessus des blés. Le mâle arbore un plumage blanc – gris –noir, voisin de celui du busard Saint Martin, mais cependant facile à identifier.

Tout parait donc simple, sauf que la femelle, et c’est surtout elle qu’il faut trouver, a un plumage très différent, plus uniforme, tendant vers le marron. Signes distinctifs : une grosse barre blanche sur le croupion (encore faut-il voir l’oiseau par-dessus) et une queue rayée marron et noire (quand elle est étalée).

Dimanche 16 mai, première journée de prospection officielle, pilotée par Sébastien qui a déjà repéré plusieurs oiseaux. La journée démarre dans l’euphorie puisque nous trouvons tout de suite deux mâles en chasse entre les Mathes et Dirée, puis un autre mâle vers Saint-Sulpice. Pas de femelle ce jour là, mais on ne s’inquiète pas trop. Si il y a des mâles, les femelles ne sont sûrement pas loin….

En fait les journées vont se succéder, on va parcourir dans un sens et dans l’autre, les petites routes et les chemins, les yeux rivés sur les jumelles, en essayant de contourner les champs et de suivre nos chasseurs. Mais le phénomène se répète : tout d’un coup, pour un instant de distraction ou de fatigue oculaire, notre oiseau gris disparaît mystérieusement sans que l’hypothétique passage de proie entre le mâle qui chasse, et la femelle qui couve (en théorie) ne se produise.

Le doute s’insinue, cet oiseau marron, minuscule dans le champ des jumelles, serait-ce une femelle ? ou un milan noir, ou une buse, ou un busard des roseaux ? Si on consulte un guide ornitho, le doute n’est guère permis, mais là les conditions sont différentes, les oiseaux prennent un malin plaisir à être là où nous ne sommes pas (c’est-à-dire à l’horizon) ou alors les conditions d’éclairage sont telles qu’on ne peut être sûr de rien. Les heures passent, les jours passent, toujours aucun passage de proies, on se dit que finalement il reste beaucoup d’espaces agricoles dans notre presqu’île (et c’est fort heureux) et que notre objectif c’est un peu chercher une aiguille dans une botte de foin.

Et puis, un jour, Viviane, la plus disponible et la plus assidue, nous annonce la bonne nouvelle : elle a enfin vu du côté d’Etaules, ce que nous cherchions tous : un échange de proie entre le couple : le mâle passe au dessus du nid en appelant la femelle, celle-ci se lève, le rejoint un peu plus loin, récupère le mulot ou le passereau que le mâle lui abandonne en vol, va dépecer sa proie un peu plus loin (au sol ou sur un piquet) et revient sur son nid, instant magique qu’il ne faut surtout pas manquer.

 L’action

Il était temps, l’été n’est pas loin. Les blés commencent à prendre une couleur bien dorée.

Il nous faut maintenant faire des relevés de la position du nid à partir de plusieurs emplacements pour pouvoir accéder au nid directement. Heureusement la parcelle choisie par la femelle baptisée Flora n’est pas très grande et accessible sur trois côtés.

Quelques jours plus tard, un second nid est localisé dans la même parcelle que le premier, la femelle, qui quitte souvent le nid pour aller chasser, est baptisée Diane. Nous assistons souvent à des poursuites, le mâle et/ou la femelle ne tolèrent pas l’incursion d’un milan noir ou d’une buse trop près du nid.

Nous continuons une surveillance assidue, tout en prospectant les autres zones propices : Dirée, Villeneuve, Saint-Sulpice/Breuillet, mais sans résultats.

Parallèlement, Dominique prend contact avec le propriétaire du champ et le convainc de participer au sauvetage. Nous nous devons de remercier ici les agriculteurs qui en règle générale acceptent de voir leur plan de moissonnage un peu perturbé. Sans leur accord, rien ne serait possible.

4 juillet : C’est le grand jour : nous allons poser les protections autour des deux nids.

Première contrariété, Flora a disparu, on le craignait depuis deux ou trois jours, mais là il faut se rendre à l’évidence, le nid a été abandonné.

Il nous reste le nid de Diane. Nous savons que les petits sont nés depuis peu puisque la mère est allée porter des proies dans le nid. Sebastien part en éclaireur en empruntant le passage fait par un engin agricole. Il est en effet primordial de laisser le moins de traces possibles de notre passage afin de ne pas tracer un boulevard pour les prédateurs éventuels.

Diane se lève du nid lorsque Sébastien se rapproche à un mètre et s’envole inquiète et furieuse. Deux poussins se serrent l’un contre l’autre.

Les matériaux sont transportés sur place et l’enclos constitué d’un rouleau de cannisse fermement fixé à des piquets par du fil de fer et au sol par des sardines est posé le plus vite possible.

 L’inquiétude

Nous nous demandons anxieusement si Diane va vouloir retrouver ses poussins. Les réactions des femelles sont très variables, certaines y reviennent sans sourciller au bout d’un quart d’heure (peut-être parce qu’elles ont elles même grandi dans un enclos), d’autres tournent plus d’une heure avant de se poser, d’autres plus rarement abandonnent la couvée.

Diane n’est visiblement pas de la première catégorie, elle tourne, s’éloigne, caquète, se rapproche du nid, repart plus loin… Une heure passe, puis deux heures, elle tourne toujours, le mâle la rejoint, s’approche un peu du nid et s’éloigne. Visiblement la protection les effraie.

Nous décidons d’abandonner les lieux pour aller déjeuner. On se demande si il va falloir emmener les bébés au centre de sauvegarde du marais aux oiseaux à Oléron, solution de pis-aller, puisque les jeunes élevés de cette manière auraient bien du mal à affronter la vie difficile qui est la leur. Nous essayons de nous rassurer : il fait chaud, les poussins ne risquent pas de mourir d’hypothermie …

Le moral au plus bas, Viviane et moi reprenons notre poste d’observation (à 400 mètres de distance du nid) l’après-midi. Premier soulagement : Diane ne tournicote plus en l’air. Une à deux heures plus tard nous voyions le mâle se poser à deux reprises dans le nid, l’optimisme revient à grands pas. Il faudra attendre la fin de la journée, pour voir Diane réintégrer son nid et être définitivement rassurées. Toute l’équipe est soulagée !

 L’attente

Les jours passent, nous continuons de chercher d’autres nids toujours sans succès. Nous passons régulièrement surveiller Diane. Vers le 15 Juillet, le champ est moissonné, Viviane constate avec plaisir que le nourrissage se poursuit normalement.

Le 17 Juillet nous allons faire une petite visite au nid. Visite express et précautionneuse car le dérangement pourrait provoquer l’abandon du nid, curieux s’abstenir … Les deux bébés ont grandi, ils sont toujours duveteux.

Le 31 juillet, deuxième visite. Les petits grandissent à vue d’œil, l’ainé semble bientôt prêt à prendre son envol. Tout baigne, même si nous trouvons que les nourrissages ne sont pas très fréquents.

 La récompense

Le 5 Aout au matin, je décide d’aller voir où en sont les jeunes. Quand j’arrive Diane est posée sur une balle de foin et surveille les alentours.

Un quart d’heure plus tard, un premier bébé fait son apparition sur le bord de la canisse et a bien du mal à trouver son équilibre. Il tente quelques petits vols et rejoint Diane à son poste d’observation.

Diane part chasser et le bébé va se poser dans le champ. Seule sa tête dépasse.

Vers 9h 30 c’est au tour du second jeune de faire son apparition sur la canisse. Ce qui est remarquable c’est qu’il n’aura pas fallu 15 secondes à son frère ainé pour le rejoindre. Ce dernier semble vouloir expliquer à son jeune frère ce qu’il convient de faire. Finalement le petit dernier ose prendre son envol. L’histoire n’est pas terminée, puisque les parents vont continuer à nourrir leur progéniture pendant encore quelques semaines. Ensuite ce sera septembre et il sera temps pour eux de partir, loin, très loin.

Vous allez me dire, tous ces efforts et ce temps passé pour deux oiseaux … mais c’est à ce prix que, peut-être, les générations futures pourront admirer le vol silencieux et plein de grâce de notre beau busard cendré.

Note : [1]

Monique Hyvernaud.

Notes

[1] Poitou-Charentes Nature (union des associations de protection de la nature au niveau régional) a coordonné le projet « Conservation du Busard cendré en Poitou-Charentes » ce qui a dynamisé le suivi et la protection de cette espèce ces dernières années.

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