La Loutre

lundi 8 novembre 2010, par Serge SEGUIN

La Loutre ce très bel animal aquatique encore présent dans notre département demande toute notre attention pour la préserver

La loutre commune (Lutra Lutra)

Il peut exister dans une vie de naturaliste,des moments d’intense émotion, des moments uniques, durant lesquels l’attention est monopolisée par une vision, une scène, alors qu’aucune réflexion ne vient à l’esprit. C’est plus tard, bien plus tard, que l’on réalise que ce que l’on a observé à ce moment là était exceptionnel, et qu’il existe fort peu de chances pour qu’un tel événement se reproduise.

C’était fin avril, ou peut être début mai… à la tombée de la nuit je longeais les berges de la Charente en aval de Saintes, espérant entendre dans les prairies, et ainsi confirmer, la présence des mâles chanteurs de râles des genêts.

Silencieux, je m’étais appuyé, immobile contre un tronc de frêne, quand le bruit léger d’un plongeon, suivi d’un clapotis, attira mon regard. Tout d’abord, je crus à la présence d’un ragondin. Il faisait suffisamment jour et je vis un animal, nageant de façon régulière, la tête hors de l’eau, traçant de larges ondes. Subitement, il plongea sans bruit, la base de la queue courbée immergée en dernier. A nouveau il fit surface, fouilla dans le chevelu des herbes aquatiques, les soulevant puis sortit de l’eau pour se réfugier sur la souche d’un vieil ormeau mort et déchaussé. Les poils hérissés, elle se mit à grignoter avec un bruit de gâteau sec ce que je pris pour une écrevisse, émit un sifflement flûté et doux, sembla tendre l’oreille et se laissa couler dans l’élément liquide. Je ne l’ai plus revue, car sans aucun doute, je venais d’avoir la chance inouie de me trouver en présence d’une loutre.

Ce carnivore de la famille des mustélidés, animal vagabond à la vie le plus souvent nocturne et aquatique n’est que très rarement observé.

D’humeur changeante, ses mœurs et sa vie échappent à notre vue. C’est un mammifère massif, dont le corps allongé est renflé au niveau du ventre.

La taille et le poids sont variables, mais les mâles sont plus forts. Leur longueur peut atteindre 1,30 mètre, pour un poids de 15 kg. La queue, dont la longueur dépasse la moitié du corps, très grosse à sa naissance, va en s’amincissant graduellement jusqu’à son extrémité. A sa base, se situent deux glandes qui secrètent un liquide à odeur forte.

Son pelage, imperméable, de couleur brune, légèrement grisâtre est très épais. Il est constitué d’un duvet fin et doux, très serré et de longs poils de jarre foncés et brillants. Autrefois, la fourrure de la loutre était très recherchée.

Ses pattes courtes, ont des pieds ronds et palmés. Dans la vase, ses empreintes font parfois apparaître ses palmes, ses griffes et la trace de sa queue. Sa tête est plate, large avec de fortes moustaches aux poils longs et raides. A terre elle se déplace en trottant, le dos légèrement bombé. De toute évidence, elle est plus encline à la nage qu’à la marche. Cependant elle n’hésite pas à faire de longues randonnées à terre quand elle change de secteur. Aussi elle disparaît, revient pour un certain temps et repart. Ses habitudes sont irrégulières. Elle coupe les méandres des rivières, suit les berges, trace des coulées. On remarque aussi son passage par les montées qu’elle fait sur la berge et ses descentes quand elle décide de passer sous un pont. Elle va surtout à l’eau pour pêcher ou fuir. Sur la rive,elle laisse ses épreintes* sur les mêmes grosses pierres, ou sur des places reconnaissables telles que sable, herbe sèche, touffes de laîches* aplaties. Fraîches, elles semblent enduites de goudron, couvertes de sécrétion anale, mais sèches elle se réduisent à de petits tas grisâtres. Ses crottes contiennent écailles,arêtes de poissons et restes d’écrevisses.

Le terrier qui lui sert d’abri se nomme catiche, Il possède une ouverture sous l’eau avec un petit trou d’aération sur la berge, bien dissimulé, souvent entre les racines d’un arbre. Dans les grands marais, elle n’a pas de terrier, mais dort sur l’herbe, dans un massif de phragmites, dans des ronciers ou des fourrés très épais. Pour mettre bas elle choisira un têtard *creux, un vieux terrier de renard ou de blaireau, dans un endroit non inondable, quelque fois assez loin de l’eau, comme un terrier de lapin qu’elle aura élargi. La reproduction peut avoir lieu en toute saison, mais surtout au printemps et en été.

La gestation dure un peu plus de deux mois et dès leur naissance, les deux à quatre petits gardent les yeux fermés près de quatre semaines. Leur mère, seule, s’en occupe. Elle les conduit à l’eau vers l’âge de trois mois et leur sevrage aura lieu le mois suivant. Dès le début ils semblent réticents, car leur fourrure n’est pas imperméable. Plus tard, leur peau sécrétera une substance protectrice et ils pourront alors s’en donner à cœur joie, car ils sont très joueurs. Ils seront adultes au bout d’un an.

On dit la loutre intelligente et méfiante. Elle peut plonger et nager sans faire de bruit, les yeux et le museau hors de l’eau pour observer alentour. Elle chasse surtout à vue, mais les vibrisses*jouent un grand rôle pour pratiquer en eau profonde et sombre. En nageant,elle peut parcourir jusqu’à 2 km en une heure et cela pendant sept heures au maximum. Dans les zones de marais son territoire est d’environ 25 km carré. Ses plongeons successifs peuvent durer 20 à 30 secondes, mais elle peut rester plusieurs minutes sous l’eau.

Sa nourriture est surtout composée de poissons, le plus souvent de 20 à 25 cm, quelquefois beaucoup plus. Avant la raréfaction de l’anguille, cette dernière représentait une de ses proies favorites, mais elle apprécie aussi les écrevisses, occasionnellement les grenouilles qu’elle aura dépouillées au préalable. Il lui arrive également de s’attaquer aux rats, quelquefois aux oiseaux aquatiques et leur couvée ; éventuellement elle pourra consommer des limaces des escargots et même des vers de terre. La plupart des proies sont ramenées à terre pour être mangées. De vieux naturalistes prétendent qu’une de ses techniques de chasse consisterait à battre l’eau avec sa queue et ses pattes, afin d’effrayer le poisson pour qu’il se réfugie sous les berges où elle pourra le capturer. On dit aussi qu’elle peut consommer 10 pour-cent de son poids par jour.

Dans la nature, son espérance de vie excède rarement 4 ans, mais en captivité des individus ont atteint l’âge de 15 ans. C’est une espèce vulnérable qui a subit l’impact des destructions d’une grande partie de ses habitats, les zones humides. Elle est également victime du trafic routier, d’un manque de nourriture, de maladies, de noyade dans des nasses ou des filets de pêche, de braconnage et enfin de la pollution.

Surtout pour sa fourrure, à la fin du XIX siècle on prenait par an, quatre milles loutres en France.

Dès 1930, les populations on diminué de façon alarmante. Aujourd’hui l’espèce a disparu d’une partie de notre pays, et cela malgré sa protection officielle depuis 1972. A Saintes, le fleuve Charente ainsi que le site de la Palu, abritent encore une petite population de loutres.

épreintes :nom donné aux crottes de loutres laîches :plante herbacée des zones humides (carex ) têtard :arbre taillé court pour former une touffe de branches au sommet du tronc vibrisses : poils tactiles des moustaches

Serge Seguin

L’Inventaire National du Patrimoine Naturel fait apparaître pour notre département, une situation moins critique que par le passé, il n’en reste pas moins vrai que rencontrer une loutre dans nos paysages familiers reste un évènement très exceptionnel. Vos témoignages seront les bien venus.

Jean Pierre Boisnard.

Nature Environnement 17

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