Le Milan noir

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dimanche 7 novembre 2010, par Serge SEGUIN

Bel oiseau au vol planant reconnaissable à sa queue en V

LE MILAN NOIR – MILVUS MIGRANS

Sur les bords de la Charente, à Saintes, deux pêcheurs sont installés, imperturbables, malgré la circulation automobile du quai des Roches qui leur fait face, Nous sommes au coeur de l’été, des peupliers leur offrent une ombre bienfaitrice et rien ne semble pouvoir distraire leur attention ! Seuls les bouchons des lignes et l’immobilité des cannes à pêche ont de l’importance !

Soudain, un sifflement tremblotant, sorte de trille aigüe, comme le hennissement d’un cheval, fait lever les yeux à l’un d’eux, Il aperçoit alors la silhouette sombre d’un grand rapace qui plane et tournoie au dessus du fleuve, Subitement, l’oiseau, les ailes à demi repliées plonge avant de reprendre de l’altitude par une rapide pirouette,

S’adressant à son compagnon, il lui dit : « tiens, toi qui sais tout, connais-tu ce rapace ? >> << ça ? c’est une buse, ou peut-être un busard ! … << oh ! Je ne crois pas !>> << bon, et bien disons pour faire court, que c’est une cossarde (1) à queue fourchue ! …>>

Effectivement, l’oiseau qu’ ils sont en train d’observer, montre, lors de certaines de ses voltiges, une queue assez longue et fortement échancrée, mais, lorsqu’il plane et qu’elle est déployées, elle semble coupée en ligne droite. En fait, il s’agit d’un milan noir. Il a à peu près la taille d’une buse, le dessous est d’un roux brunâtre, rayé d’un brun un peu plus sombre. Sa tête est jaunâtre et ses couvertures alaires(2) sont plus claires que le reste de son dos. Adapté à presque tous les milieux, ce rapace de la famille des accipitridés, se rencontre un peu partout dans notre région durant la belle saison et ses effectifs sont assez importants en Poitou-Charentes.

Depuis son apparition dans l’ouest de la France, vers la fin des années 50, il a fait l’objet de nombreuses études et observations.

Principalement charognard, on l’observe souvent survolant les cours d’eau et les étendues marécageuses en quête d’un quelconque cadavre de poisson ou de mammifère. Il reste de longs moments aux alentours des fermes isolées, frôle la cime des arbres au dessus des villages, surveillant d’un oeil attentif les tas de fumier et les dépots d’immondices. Lentement, d’un vol léger, le gouvernail de sa queue largement déployé, la tête mobile, il se tient prêt à piquer au moindre indice.

Les zones urbaines ne l’effraient pas, ainsi il lui arrive souvent d’être surpris, perché sur le parapet d’un pont à Saintes, alors que le soleil commence tout juste à se lever(3).

De tempérament grégaire, il lui arrive parfois de nicher en petites colonies pourvu que l’environnement puisse lui assurer de quoi subsister. Plusieurs couples peuvent ainsi s’intaller dans des bois de plusieurs dizaines d’hectares.

Il apprécie les milieux ouverts, les vallées humides avec des haies, des bois pourvus de grands arbres afin qu’il puisse y nicher. Les nids sont constitués de branchettes, de touffes d’herbe avec leur motte de terre sèche, mais également de morceaux de chiffon, de plastique, de papier et de petits objets divers. Le choix de ces matériaux hétéroclites est une caractéristique du Milan noir.

Si, en général, il réutilise et réaménage celui de l’année précédente, il peut aussi lui arriver d’occuper d’anciens nids de corneilles ou de rapaces. L’aire sera située à une hauteur qui peut varier de 4 à 20 mètres, à la fourche d’un arbre. La femelle y déposera fin avril, début mai 2 à 3 oeufs qu’elle couvera pendant plus d’un mois. D’abord couverts d’un duvet brun clair, les jeunes, d’allure plutôt apathique, resteront au nid environ 45 jours et s’émanciperont une vingtaine de jours plus tard. Au bout de trois ans, ils seront en âge de se reproduire.

Ce rapace, indolent, est peu difficile quant au choix de ses proies. Il se contente de poissons morts, malades, immobiles à la surface de l’eau. Il récupère des déchets, des cadavres de mammifères et autres petits animaux qu’il trouve dans les champs au moment des fenaisons et des moissons. Occasionnellement, il pourra consommer des insectes, des vers de terre, des grenouilles, des reptiles et des rongeurs. Il lui arrive aussi de capturer de jeunes oiseaux, en particulier ceux tombés des nids, comme c’est le cas, par exemple dans les héronnières.

C’est un migrateur. Il nous quitte pour aller hiverner en Afrique entre août et la mi-septembre, après avoir abandonné sa zone de reproduction dès la fin juillet. Il nous reviendra fin février début mars.

Rappelons que, comme tous les rapaces, c’est une espèce protégée par la loi.

L’aire de répartition du Milan noir couvre l’Europe (exception faite de l’extrême nord et des iles britaniques) l’Afrique du nord et même l’Australie.

Serge SEGUIN

Nature Environnement 17

(1) cossarde : nom local donné aux rapaces, à peu près de la taille d’une buse

(2) couvertures alaires : petites plumes recouvrant l’aile,

(3) d’après une publication de l’auteur dans les annales des sciences naturelles de Charente-Maritime de 1981.

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